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Film

«Les Misérables» : on n’a jamais vu la banlieue comme ça au cinéma

Le réalisateur Ladj Ly signe un film coup de poing sur son quartier de Montfermeil. Une œuvre qui interroge sur les rapports entre les jeunes des cités et la police.

« On nous avait fermé toutes les portes et tout à coup, on nous déroule le tapis rouge… ». Co-scénariste des « Misérables », Giordano Gederlini sourit en repensant au parcours de ce film. Premier long-métrage du réalisateur Ladj Ly, qui avait cette histoire en tête depuis dix ans, tourné à Montfermeil en Seine-Saint-Denis avec un petit budget de 1,5 million d’euros, « Les Misérables » a remporté le Prix du jury à Cannes en mai et représentera la France aux Oscars en février.

Et alors que, selon l’Elysée, Emmanuel Macron a été « très touché » par le film, il sort ce mercredi dans quelque 500 salles en France. Il faut dire que, vingt-quatre ans après « La Haine » de Mathieu Kassovitz, quatorze ans après les émeutes qui avaient suivi la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, c’est le long-métrage le plus puissant qu’on ait vu sur la banlieue…

Sa «réalité» est crue et violente

« Les Misérables » commence par une immersion dans le quotidien de trois policiers de la Brigade anti-criminalité de Montfermeil, décrivant, avec réalisme et humour, l’ennui, les contrôles et les blagues de vestiaire. A travers la déambulation du trio se dessinent peu à peu les rapports de force entre les « clans » du quartier : les flics, les jeunes, les religieux, les gitans, les éducateurs, les dealers… Lorsqu’une interpellation dérape en bavure, la tension monte… jusqu’à un final en apnée, magistralement mis en scène.

Enfant de Montfermeil, où il vit toujours et a ouvert en 2018 l’école de cinéma gratuite Kourtrajmé, Ladj Ly, 39 ans, s’est inspiré de sa propre histoire : en 2008, il avait lui-même filmé une bavure policière. Pour raconter son quartier, le cinéaste a recruté, autour de quelques acteurs professionnels (Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga …), deux cents habitants de Montfermeil.

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La « réalité » de Ladj Ly est crue, violente et les rapports entre ses flics et la population ultra-tendus. Le cinéaste martèle n’avoir « pas fait un film anti-flics »… Mais les policiers que nous avons interrogés trouvent l’image donnée des forces de l’ordre « caricaturale », « négative », voire « dangereuse ». Le politologue Sebastian Roché, spécialiste de la délinquance, de l’insécurité et de la police, estime quant à lui qu’il s’agit d’un long-métrage « très réaliste » sur le travail de la police et pas « à charge » contre les policiers.

 «Il n’y a que des mauvais cultivateurs»

« L’antagonisme entre la police et la population dans les zones pauvres tel qu’il est décrit est réel, argue-t-il. La moitié de la population y estime que la police est illégitime, considérée comme inutile ou raciste. Les Misérables montre le point d’aboutissement d’une situation qui se dégrade depuis quarante ans parce que le gouvernement n’arrive pas à repenser en profondeur la police de ces quartiers. »

Cinématographiquement époustouflant, l’œuvre n’a pas fini de faire débat… Et Victor Hugo dans tout cela ? Ladj Ly lui a emprunté son titre parce que « Les Misérables » ont été écrits à Montfermeil. C’est aussi une phrase du livre qui clôt le film : « Mes amis, retenez bien ceci, il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes, il n’y a que des mauvais cultivateurs. »

NOTE DE LA RÉDACTION : 5/5

«Les Misérables», de Ladj Ly. Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga… 1h42.

(Catherine Balle – leparisien.fr)

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